Est-il légitime de stigmatiser un romancier pour la conduite de ses personnages ?



Les héros de fiction ont une existence bien à eux. Ils s’épanouissent dans un univers qui n’est pas le nôtre. Aucun auteur digne de ce nom ne peut s’attendre à ce que ses lecteurs adorent chaque protagoniste qu’il a créé. Il peut avoir mis des mois, voire des années à les créer, et n’étant pas tenu de respecter la réalité, il peut vite être accusé de stigmatiser des faits ou des individus sous couvert de son histoire.

Peut-il y avoir une forme de déresponsabilisation du romancier qui exerce sa liberté artistique ?

Un roman, s’il n’est pas une biographie ou un témoignage, n’est-il pas censé être une fiction ?

Doit-on lui demander d’être neutre ?

Quand la réalité et la fiction se mélangent, est-il légitime de stigmatiser un romancier pour la conduite de ses personnages ?


1. L’écrivain et son personnage


L’auteur est indissociable de ses personnages, puisqu’il leur a donné vie. Mais, il s’agit d’une existence de fiction.

Cependant, il y a dans la littérature un principe de vraisemblance. C’est-à-dire que l’histoire a vocation à être crédible pour le lecteur qui doit être en mesure de s’identifier aux protagonistes.

Dès lors, on est souvent amené à confondre l’écrivain et son personnage…

Pourtant, il n’en est rien.

Le lien fusionnel qui les unit est de l’ordre de la création elle-même, celle du pouvoir de « donner une vie ».

Mais, rien dans cette relation n’implique que les choix de l’un reflètent ceux de l’autre tout comme ses opinions ou ses décisions.

Dans un roman, il faut toute sorte d’individus pour faire une histoire qui invite à la lecture.

Le problème se présente à l’instant où un auteur se sert de son personnage ou de son histoire pour promulguer des idées ou des concepts qui sortent de l’ordre de la fiction pure.



2. La stigmatisation du romancier pour la conduite de ses personnages


Un écrivain peut-il être tenu pour responsable des propos tenus par ses personnages ou par son narrateur ?

N’est-il pas possible que l’auteur soit pris au piège de son œuvre et de sa passion d’écrire ? Qu’il se laisse glisser dans son histoire en ne pensant jamais outrepasser le droit ou la morale, puisqu’il ne se sert que de sa créativité et de son imagination ?

Nous ne parlons pas d’œuvres politiques ou philosophiques, mais bien de fictions. Ici, le romancier laisse libre cours à son inventivité et crée des héros à qui il donne un caractère, un esprit, un besoin d’exister. Le personnage devient un être à part entière et l’auteur lui offre l’opportunité d’avoir une opinion.

Néanmoins, est-ce forcément celle du romancier ?

Ne doit-on pas faire l’effort de le dissocier de sa création ?

Dans la plupart des cas, il ne possède pas d’autre choix que de faire avec le destin de l’œuvre et de ses personnages.

« Ce n’est pas moi qui choisis, c’est le livre qui est en train de s’écrire en moi et par moi. »

Jacques Chessex



3. L’importance de la fiction


Elle peut être lue à plusieurs niveaux.

L’écrivain impose le décor, les personnages et la logique de l’histoire, mais il ne s’en sert pas pour véhiculer un message politique ou religieux. Il ne faut pas confondre la fiction et la morale : les protagonistes peuvent avoir des valeurs, cependant cela ne s’applique pas au romancier.

Cette liberté d’écrire ce qu’il veut est la principale raison pour laquelle l’auteur s’intéresse à la fiction.



4. La légitimité d’une fiction


L’imaginaire est le moteur de la fiction. Son importance est considérable à la fois pour l’auteur que pour les lecteurs.

La création est une richesse.

Dans les pays occidentaux, la littérature est considérée comme un art, et elle a le droit de décrire des personnages aux comportements étranges. Toutefois, dans d’autres pays, la fiction n’est pas toujours estimée légitime. C’est pourquoi il existe des codes ou des lois qui interdisent certains éléments dans les œuvres littéraires.




5. La responsabilité d’un auteur dans la conduite de ses personnages


L’auteur doit veiller à ce que ses personnages ne véhiculent pas d’idées allant à l’encontre de la morale ou de la loi. Tout du moins dans le sens où leur comportement semblerait implicitement louable, induisant le lecteur dans l’erreur de mauvais codes moraux.

Il y aura forcément un ou plusieurs protagonistes à qui l’on prêtera les pires intentions et actions, mais ce sont les antagonistes, et ils sont créés pour être détestés.

Il en est ainsi de l’un des personnages de mon roman que j’ai écrit dans le seul but que le lecteur le haïsse. Il porte en lui ce qu’il y a de plus détestable dans l’homme.

Je ne cautionne pourtant aucun de ses actes. Cependant, je sais qu’aucun lecteur ne s’identifiera jamais à lui. C’est donc une liberté que me permet la fiction.

« J’emmerde l’honneur Sénateur, je lui préfère la perfidie. Elle est plus prompte à vous emmener là où vous voulez. »

Soleil Blanc Livre 2


Toutefois, nous l’avons vu, le lecteur s’identifie aux personnages.

La responsabilité du romancier est en conséquence d’éviter de véhiculer par l’intermédiaire de ses héros des idées amorales ou dangereuses.

« Écrire, c’est aussi inspirer autrui, le pousser vers sa ressemblance, vers sa préférence »

Jean Cayrol


Ce n’est pas pour autant que l’écrivain doit renoncer à sa créativité.

Un auteur de polar, peut-il être accusé d’apologie au meurtre ? Doit-on le stigmatiser pour la conduite de ses personnages ? Ses lecteurs cautionnent-ils la violence et la mort ?



6. La liberté artistique

Un auteur a le droit d’exprimer ses idées et ses opinions, et même de parler de sujets sensibles ou délicats. Il dispose de la liberté d’expression.

« Où sont les limites à la liberté de la littérature ? Nulle part, dès lors que la littérature est pure de toute volonté de démontrer, de prêcher, d’insinuer ou de provoquer, loin de toute intention de poursuivre un “but moral”.

Baudelaire


Un écrivain est libre d’écrire ce qu’il veut tant qu’il respecte la personne humaine.

Dans les pays occidentaux, la fiction a le droit de tout dire, ou presque. Elle peut présenter des criminels, des délinquants, des individus dangereux.

Dans la fiction le lecteur désire comprendre un comportement. Pas le commettre.

Il n’en est pas de même partout dans le monde.

La censure est une pratique qui consiste à empêcher la publication d’un livre ou sa diffusion si quelques parties de celui-ci sont jugées offensantes. Ce phénomène est encore très répandu aujourd’hui, car la censure est un moyen utilisé par les gouvernements pour interdire certaines informations d’être véhiculées.

La question se pose alors est : existe-t-il une forme de déresponsabilisation du romancier qui exerce sa liberté artistique ?



7. La légitimité du débat : peut-on stigmatiser un romancier pour la conduite de ses personnages ?

Qu’est-ce que la fiction ?

C’est une représentation exagérée des faits, qui déforme la réalité. L’écrivain, dans le but de donner un élément d’analyse aux lecteurs, ou de les divertir, peut prendre certains éléments de la réalité et les exagérer. D’où la fiction.

Mais, le lecteur doit savoir faire la part des choses entre l’imaginaire et le réel.

Il est vrai qu’il serait facile pour un auteur de véhiculer certaines valeurs immorales sous couvert de la romance, par exemple, car il est aisé d’emmener un lecteur à glisser dans l’interdit quand il s’agit de l’amour. Et, cela pourrait être le cas avec beaucoup d’autres sujets.

Il est donc important d’ouvrir les yeux sur les intentions réelles de l’auteur à travers ses personnages.

S’il est vrai que je revendique la liberté d’écrire pour l’écrivain, il est tout aussi vrai que ma liberté d’écrivain est limitée par plusieurs facteurs. Les plus évidents sont ceux que je m’impose à moi-même”

Anne Cuneo


Ce débat est essentiel et d’actualité, car la fiction doit rester une distraction et non justifier ce qui est interdit dans la vie.



Est-il donc légitime de stigmatiser un romancier pour la conduite d’un de ses personnages ?

Selon mon opinion, et dans la généralité, cela me semble être une erreur, puisqu’il s’agirait surtout d’une confusion entre l’auteur et ses créations.

La fiction est un monde à part, et il est normal qu’il y ait des situations qui sortent de la norme, en toute pertinence, pour pimenter l’histoire.

L’écrivain doit être considéré en tant que créateur qui propose une vision différente de la vie.

Je pense qu’il faut convenir du bien-fondé de la fiction, car elle nous permet de nous évader, mais également de laisser à chacun le droit de choisir ses lectures.

À nous de savoir reconnaître ce qui n’est pas tolérable et de le dénoncer, sans pour autant priver les auteurs de leur liberté de créer et de nous faire rêver.

Si vous avez un avis différent ou que vous souhaitez donner le vôtre, vous pouvez me contacter ici.






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